Pour
la Compagnie Ophelia Théâtre et son directeur
artistique et metteur en scène Laurent Poncelet, la
création collective s'inscrit dans son projet artistique.
Un théâtre qui n’est pas déconnecté
de la population et du monde actuel.
Ainsi,
elle travaille depuis 10 ans sur des projets de créations
collectives avec différents groupes. Des groupes qui
trouvent leur force dans la différence de chacun. La
fragilité, les parcours de vie, la poésie de
chacun.
Parmi
les dernières créations, on peut citer «
Rêve Partie » (création Théâtre
145 Grenoble, tournée en cours), « Dans cinq
minutes il va pleuvoir » (création Théâtre
Jean Vilar et tournée Isère), « Des gens
passent et j’en oublie» (création théâtre
145 Grenoble, tournée Rhône-Alpes et Belgique)
et "Il était une femme des femmes" (création
Théâtre Jean Vilar et tournée Rhône-Alpes
et Belgique).
Le
processus de création
Les projets de création collective s’appuient
sur une période d’au moins 32 mois, avec 16 mois
de travail de création (écriture, recherche,
exploration théâtrale) et 16 mois ou plus de
diffusion de la création.
L'écriture théâtrale se construit à
partir d'improvisations théâtrales et de textes
écrits par le groupe de création, suivis d'un
travail de réécriture et de dramaturgie mené
par le metteur en scène Laurent Poncelet.
La direction d'acteur et la mise en scène sont travaillées
à partir du texte obtenu, avec ensuite enrichissement
de l'écriture au cours des séances de répétitions.
Une
proximité avec un public nouveau
Le travail de création artistique
avec les personnes permet notamment, par l’implication
de personnes pouvant être éloignés de
la culture, de créer les conditions d’une rencontre
entre l’acte artistique et un public nouveau, qui, sensibilisé
de fait à la création théâtrale,
pourra de plus interpeller à son tour son entourage
( ce qui se traduira entre autre par la venue dans les théâtres,
pour les spectacles de la compagnie -dont FITA- ou d’autres
).
Les représentations ont ainsi souvent lieu dans des
quartiers populaires urbains, en lien avec des collectifs
de partenaires (centre social, association de quartier, OPAC,
collectivités territoriales,..) qui mobilisent un public
très large d’habitants. Les représentations
sont suivies d’un temps d’échanges et de
rencontres avec les habitants du quartier. Par les créations
collectives, il y est entre autre question du rapport avec
le public, de l’articulation entre théâtre
et société, entre théâtre et population...Est
mis en jeu la place du théâtre dans la cité.
Et une confrontation directe avec le concept de théâtre-action
, alors redécouvert, réapproprié et revendiqué.
Un concept ouvert, qui évolue, et comme un repère,
un appui pour construire et penser l’ensemble des activités
et projets de la compagnie, du sens de l’action aux
démarches de création qui en découlent,
avec ses enjeux artistiques ainsi que sociétaux, sociaux
et politiques.
La recherche artistique au cœur du travail de création
Très vite sera alors affirmé
que le théâtre-action ne peut passer que par
une exigence artistique sans compromis, équivalent
à toute autre proposition théâtrale, impliquant
un travail professionnel, important, long avec les groupes,
que ce soit dans le jeu ou dans l’écriture. Pour
tout simplement remuer, bousculer, toucher, émouvoir,
faire réagir, et être le lieu de vie qu’on
attend du théâtre.
La
force d’une différence ou la nécessité
de théâtre
Le travail créatif dans les créations
collectives trouve sa sourcedans
la différence, dans la force de cette différence.
Avec de l’émotion et de la poésie à
naître dans les rythmes, les corps, les voix de chacun.
Il pourra s’agir par instants, simplement d’un
mot, d’un geste, d’un mouvement de voix et de
corps qui se tourne, avance, recule, d’un pas particulier,
d’un rythme, d’un souffle, ou d’un regard
unique, singulier, avec sa présence tout à lui.
Avec une voix qui se fait entendre, qui peut hurler, se tordre,
chanter le monde, s’en saisir, et le ré-enchanter
aussi, parfois. Une voix qui est portée, une voix à
soi, une voix de l’autre. Avec au départ, aussi,
un peu d’une histoire de l’autre, à côté,
qu’on aperçoit parfois, qu’on regarde,
par la fenêtre qui défile, un peu au hasard.
Et avec des rencontres qui suivent, des gens que l’on
croise, oui, on a envie de faire partie de cette aventure
collective.
La création collective, dans le groupe en mouvement,
devient alors l’affaire de tous. Parce qu’il y
a aussi nécessité. Nécessité dans
l’écriture, nécessité sur le plateau.
Et il y a donc théâtre. Avec tous les enjeux
qu’on peut en attendre, et la vie à naître.
Pour dire, pour faire. L’acte devient naturel, souvent
juste, s’impose, comme dans l’aspiration du vide
d’un plateau. Parce qu’il y a souvent vécu,
et donc matière, rugosité, aspérité,
relief.. Parce que qu’il y a fragilité aussi,
limite, différence. Parce qu’il y a regard sur
le monde, mouvementé peut-être, jamais banal,
à partir d’un point de vue, d’un cadre
de vie particulier, une fenêtre sur le monde. Et quand
tout ceci est réuni, mis en avant, mis en mouvement
sur le plateau, il y a bien sûr théâtre,
nécessairement, dans sa nécessité, et
son urgence aussi.
Nécessité d’un théâtre avec
ses enjeux dans les représentations du réel
et ses interrogations, dans le rapport au monde, celui tout
proche et aussi celui de l’autre. Nécessité
d’un théâtre où la poésie
de chacun, l’émotion, l’énergie
de vie des corps et des voix, remuent, bousculent, et transforment,
pour ne histoire à soi, pas laisser indemne. Un théâtre
capable de toucher un public le plus large possible, celui
aussi qui ne va jamais au théâtre.
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